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18 Février 2018 : Les dés sont jetés


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4 réponses à ce sujet

#1 Posté 15 February 2018 - 12:10 PM Par Yüki

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"Oulalalalalalala !" Je me pressais trop dans ma chambre. Je courrais partout, entre ma table pour préparer les récapitulatifs de cet après-midi, à mon bureau afin de récupérer tous les papiers et à la cuisine pour préparer un thé… C'était la course ! Je n'ai jamais été aussi stressée et excitée en même temps. Document… Ordre de passage… Règle… Ah mince, j'allais oublier la tablette ! Ce cours bien particulier se rapproche plus d'un tournoi et les tournois… Me stressait tout le temps que je sois supporter d'un certain duelliste ou en compétition même, je ne pouvais que me ronger les ongles sur le coup de l'envie de réussir et la peur de l'échec. Je n'avais même pas regardé mes mails, mon esprit était focalisé que sur une chose : ce cours.

Plusieurs pas plus tard, j'étais enfin assise sur ma chaise tranquillement à revoir en détail l'organisation de cette matinée qu'on avait préparée avec Gin. Sur ce coup-là on s'était dépassé, tout était bien cadré, clair et concis. Cependant, une certaine appréhension parcourait mon entièreté. Est-ce que ça se fera sans accros ? En réalité… Je pense que oui. Les étudiants ont tous eu le temps de se connaitre entre eux ainsi que leur style de jeu. Je suis sûre que tout va bien se passer. Oui, restons positif ! En plus je suis avec Gin, ce n'est pas cinquante élèves qui vont me faire renverser sur le fil du doute !

Je finissais mon thé et prenais tout ce dont j'avais besoin pour cette matinée bien chargé. Direction le hall ! C'était dans un pas déterminé que je me dirigeais vers le point de rendez-vous avec, en main, un de mes petit sac pour transporter mes documents. Je commençais à voir enfin le hall d'entrée, l'ambiance était totalement placide, aucunes âmes qui vivent parcourais celui-ci, pas un seul chat vagabondait au travers de cette énorme pièce, rien… Sauf des notes, des petites notes.





Je regardais mon téléphone… Non ce n'était pas celui-ci qui offrait cette mélodie. Pourtant, je suis sûre d'entendre quelque chose d'à peine audible. J'avançais en direction de la mystérieuse musique, les notes se répercutaient sur les grandes baies vitrées du hall, comme des fines gouttes d'eau tombant sur le verre en harmonie créant ainsi une légère musique, douce et agréable à entendre… Seulement, elle semble être empli de tristesse. Ma curiosité me poussait à avancer plus loin, je voulais savoir l'origine de ce son entrainant. Je pénètre enfin dans le large hall victorien, en silence, sans aucun bruit. Je me limitais à en faire aucun, je ne voulais pas briser cette douce musique. Sac à main contre la poitrine, j'avançais à pas feutrer, balayant du regard la salle en quête de curiosité accrue et de réponse. Mon regard se posa finalement sur une silhouette que je reconnaitrais entre mille, Gin Nagezaka. Il était assis sur les escaliers à regarder quelque chose… Une petite boite noire avec le reflet du soleil on dirait qu'elle a des dorures sur celle-ci créant un signe ou quelque chose de ce genre, j'étais beaucoup trop loin pour déterminer ce qu'il y avait dessus… Est-ce une boite à musique ?

J'arrivais enfin vers Gin, il ne portait pas son habit habituelle… Il était plus à l'aise, décontracté ! Voilà le mot. Habillé d'un pantalon et d'une petite chemise olivâtre accompagné d'un T-shirt sable, le tout lui allait à merveille à mon humble avis, une parfaite harmonie de couleur. Cependant, cette harmonie se faisait courte, pendant un léger instant je voyais le visage de Gin souriant. Le moment d'après il referma la boite soudainement coupant net l'air produite par celle-ci. Je ne devais pas être témoin de ce spectacle ? Le professeur ne bougea pas, les yeux rivés sur le carrelage de l'académie, le sourire aux lèvres. Cela dura quelque instant… Et pourtant je sentais qu'il était totalement ailleurs, dans un autre monde. Je n'ai jamais su ce qu'il pensait car son esprit était vraiment tordu et rempli d'un labyrinthe inexpugnable. Mais je savais que ce n'était pas fait de rose et de grandes allées de fleurs souriantes… Cet homme avait souffert de quelque chose qui me dépasse certainement. Il releva ses yeux bleus toujours avec le même sourire qui lui tient tant. Aussi grand qu'à son habitude. "Vous êtes en retard, on avait dit 13h30, il est 13h32." Il mettait sa petite boite dans sa poche en même temps qu'il sortait ces mots. Sur le coup je ne savais trop quoi répondre… Etre en retard était ma marque de fabrique je suppose. Je desserrais mon sac de ma poitrine pour le tenir à deux mains en face de moi avant de reprendre un sourire sincère. "Mieux vaut arriver en retard dans le monde des vivants qu'en avance dans le royaume des morts, n'est-ce pas ?"

"Si royaume des morts il y a. Bref, vous vouliez me voir pour organiser notre cours, c'est bien cela ?" Il n'y avait pas que ça, préparer le terrain, vérifier le tableau des scores et des notes, se mettre d'accord sur le timing des duels et comment est tiré leur malus… On avait pleins de choses à penser. Mais pour faire simple… "Faire un récapitulatif de cette après-midi qui s'annonce charger en effet ! Mais puis-je d'abord vous poser une question ?"

"N'est-ce pas ce que vous venez de faire sans mon accord ? Huhu." Il prenait son parapluie à pleine main et commençait à se lever tout en s'appuyant sur celui-ci, doucement il étendait son corps vers les cieux, me dépassant de deux têtes vues qu'il était sur les trois premières marches. "C'est... Exact." Je m'esclaffais légèrement. Suis-je sotte.  "Je me demandais... Où avez-vous eu cette boite à musique ?" Quelques coups de parapluie plus tard on était à mi-chemin entre le hall d'entrée et l'arène de duel. Ne répondant pas tout suite à ma question, peut-être qu'il était encore dans ses songes. L'avais-je coupé d'une profonde et intense réflexion ? Clac. Gin avait fait claquer le bout de son parapluie sur le sol dur du hall. J'eue un soubresaut, surprise de l'action du professeur… Il m'en faisait de ces frayeurs celui-là… "Je l'ai gagnée lors d'une fête foraine, pourquoi ?" Me disait-il du coin de l'œil avec un air interrogateur que je répondrais simplement par un sourire. "Je n'avais jamais entendu cette mélodie auparavant et je la trouve... Belle et triste en même temps."

"Qu'est-ce qu'une belle et triste mélodie ferait dans un endroit aussi rustique et joyeux qu'une fête foraine, mademoiselle Tachibana ?" C'est en effet étrange. Comment cette boite à musique peut être introduite dans les ventes des forains ? Une erreur ? Me mentait-il ? Je ne savais trop quoi penser… "Je ne sais pas, c'est à vous de me le dire."

"Je ne la trouve pas si triste, moi" Ah moins que le terme fête foraine voulais dire autre chose pour Gin… Ce qui est fort probable. Après tout, une musique ou un mot peut être perçu différemment selon notre éducation, notre ethnie, notre façon de vivre, nos pensées… Beaucoup de choses qui influent ce que nous entendons et ce que nous percevons. C'est ce qui rend complexe l'être humain. Après tout… Comme dirait Platon La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée. Peut-importe ce que vous écoutez tant que cela nous plaît nous pourrons nous évader ailleurs, loin de tout et surement avoir de l'inspiration sur les prochaines lignes d'un livre passionnant ou alors d'un jeu d'acteur autour d'une table appelé communément : Jeu de Rôle. Elle peut aussi nous arracher ces ailes et nous faire tomber bien bas là où on ne peut que broyer du noir. C'est à double tranchant je pense… Elle est une arme qui faut se méfier mais aussi utiliser ! "Quel est donc votre ressenti ?"

"C'est quelque chose de spécial, quelque chose qui se rapproche de la nostalgie voyez-vous"

"Une nostalgie ? Par rapport à quel évènement ?" Ma curiosité reprenait le pli sur la conversation, je voulais savoir mais en même temps je craignais la réponse. Il est fort probable que je rentre en terrain miné.




#2 Posté 18 February 2018 - 06:31 PM Par Kalin

  • Kalin
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Les phalanges de bois relâchent doucement la clé mécanique qui se met à tourner lentement, en produisant un crissement métallique. Puis, sortant de l'obscurité, tombant d'un ciel invisible, des perles de musique se mettent à pleuvoir. Elles abreuvent son cœur aride, desséché par de nombreuses années pendant lesquelles ses yeux n'ont plus pleuré.









«Il était une fois...»


Scratch Scratch... Le bruit d'une allumette qui gratte dans le noir... Scratch... Puis soudain jaillit l'éclat doré d'une flamme qui vient se poser sur une petite coupelle de cire. La flamme vacille. Frêle, elle semble s'éteindre par instants, et replonger la pièce dans l'obscurité. Puis elle se redresse et s'allonge. Les ténèbres se tordent alors. Les parois sans couleurs de la pièce s'animent de reflets flamboyants. De grandes ombres se mettent à grimper aux murs, prenant des formes monstrueuses, avec de grands yeux, des dents pointues, des griffes crochues et de grands chapeaux tordus. Mais, tout près de la flamme, les formes orangées parcourent les contours d'une silhouette qui n'est pas une ombre, et pourtant à l'allure si monstrueuse.






«Deux petits bonhommes de paille.»



Au bout de ses phalanges de bois se balancent deux petites silhouettes, suspendues à des fils comme des pendus. Il lève l'index, l'une d'entre elles relève la tête. Il bouge le pouce, elle se met à marcher.




«Ils étaient très amis, et une même passion les unissait : le cirque. L'un se voulait magicien, l'autre clown. Ensemble, ils décidèrent de monter leur propre troupe comique.»



Ses mains dessinent une vague, les deux pendus se balancent ensemble autour du feu. On dirait qu'ils dansent. On dirait qu'ils sont heureux, même dans la mort.





«Cela marcha bien, et ils parcoururent ensemble la terre de tous les pays dans leur roulotte de cirque. Mais... un jour, l'un d'entre eux tomba très malade.»



La silhouette se tord comme un vers. Ses membres se désarticulent. Son visage est creusé par les reflets dorés que produisent les étincelles de la chandelle.




«Ses maux le firent divaguer, et dans ses délires, on le traita de fou. Son ami lui tint alors qu'il fallait l'exclure. Mais il ne voulu pas, et malgré sa maladie, il prit quand-même part au spectacle. Sais-tu ce qu'il se passa ? En pleine représentation, alors que les applaudissements faisaient de grands brouhaha et que les confettis décoraient le ciel d'un arc-en-ciel, le magicien fut pris d'un violent vertige... Incapable désormais de dompter ses lions, les bêtes s’évadèrent de l'arène pour s'engouffrer dans le public. Ce fut un carnage. Alors le cirque sombra dans l'oubli... et nos deux petits bonhommes de paille aussi.»



Soudain, une étincelle éclate et l'une des silhouettes prend feu. Ses brins de paille noircissent rapidement, ses membres se flétrissent... Les fils se rompent, les corps chutent. Puis plus rien.



#3 Posté 26 February 2018 - 04:16 AM Par Kawaki

  • Kawaki
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« Ce n'est pas tout à fait un événement. Je vivais dans une chambre il y a quelques années, une chambre que je m’étais fabriquée à ma propre image. Je m'y sentais bien, j'étais dans mon univers, vous voyez ? Mais c'était un incroyable désordre. Le plancher en bois était parsemé de capsules de café. Je ne prenais jamais la peine de les jeter, elles ne m’avaient jamais gêné. Lorsqu’on marchait dessus, consciemment bien sûr, elles émettaient le bruit du gravier qui se brise. C’était un son si agréable à mes oreilles… La sensation sous mes pieds l’était davantage. Malgré une légère douleur, je m’élevais le temps d’un instant, une micro-seconde je crois, et puis… J’écrasais le monde en atterrissant. Un monde qui hurlait comme un gravier qui se brise sous la forme d’une capsule, couvert par l’ombre de mon sourire.
Mes murs, gris, étaient maculés de taches rouges et verdâtres à cause des restes des cadavres de moustique, vous savez ce que c'est. Ce n'était pas un mal en soi, elles mettaient en valeur mes tableaux de Picasso. Je créais une vraie scène de crime. Là où beaucoup de personnes voient les moustiques comme un vrai calvaire, moi j’y vois une occasion de parfaire ma décoration. J’avais réussi, figurez-vous, à dessiner les yeux perdus du Vieux guitariste aveugle. Je lui offrais l’objet de ses désirs mais il était trop occupé à jouer. J’étais encore naïf, à l’époque. J’aurais dû jouer avec lui. Les Demoiselles d’Avignon, elles, m’avaient appris à user de mon corps comme un art, celui de la difformité. Je pense que mon sourire vient de l’une d’elle, elle me l’a offert en cadeau. Si vous avez l’oeil attentif, je souris plus du côté droit que du côté gauche. Je ne vous dirais pas tout ce qu’elles m’ont donné, je vous en dirais trop et vous ne me croiriez peut-être pas. Et puis, n’est-ce pas le plus féminin des atouts que d’être l’objet d’un désir de savoir, juste de savoir ? Bref, tout cela pour vous dire qu’elles assombrissaient davantage la pièce. J'aime ça, vivre dans l'obscurité. On a l'impression que rien ni personne ne peut vous épier. Vous vous enfermez dans votre petit cocon en bazar et c'est tout ce qui compte à vos yeux.
Mes bouquins, généralement des romans policiers ou d'histoire, formaient des petites tours de Babel sur ma table de chevet. Je me rappelle très bien, il y en avait quatre, des piles. Chacune d'elles était formée d'une vingtaine de bouquins environ. Elles finissaient toujours par tomber ou bien elles restaient inachevées. Un problème de coordination de moi à moi, sans doute. Je ne me suis jamais entendu avec moi, vous savez. J'avais également un tapis, mais je ne l'ai jamais déroulé. Je le gardais, comme ça, allez savoir pourquoi. J'avais également trois armoires aux bordures dorés. Lorsqu'on les ouvraient, elles émettaient un léger grincement, plutôt mélodieux je dois dire. Cela ne me gênait pas, je m'amusais même pendant une bonne demi-heure à les ouvrir et à les fermer, juste pour imiter ce son qui vous donne la chair de poule dans les films. Cependant, je ne les ai jamais mises droites. J'aime avoir mes armoires couchées, cela les rend plus attrayantes. De nos jours, personne ne fait attention aux armoires. Pourtant, elles renferment d’infinis secrets. Vous savez ce qu’on dit : « la garde-robe est la personnalité du moi ». Il y avait non loin deux lits, collés contre les murs gris, toujours défaits : un pour moi et un pour un invité mystère qui voudrait venir partager ma chambre. Je n'ai pas eu beaucoup d'invités dans ma vie. Peut-être par manque de temps, ou tout simplement de sympathie.
J'avais également quatre vieilles chaises à bascules. C'est toujours drôle, les chaises à bascules. On peut discuter et se balancer en même temps. Pourquoi quatre chaises pour deux lits ? Je pense que je n'avais pas de place pour quatre privilégiés, voilà tout. Je n'avais pas pensé à acheter un second bureau, mais il y en avait un troisième. Le troisième était mon préféré, je mettais tout dessus. Il était large, beige et beau. Lorsqu'on passait la main dessus, on avait l'impression de toucher de la soie. Plus d'une fois mon nez rouge s’était endormi sur lui. Il y avait des feuilles partout, gribouillées de droite à gauche, de bas en haut, de long en large et en travers. Mon écriture n'était lisible que par ma propre personne. Je me dis parfois, sans aucune forme d'humilité, que j'ai sûrement créé une nouvelle écriture mais que je la garde scellée jalousement dans cette chambre. C'est mieux ainsi, croyez-moi. Je ne veux pas que ma création soit banalisée, elle en perdrait toute sa valeur. Mon ordinateur avait l'écran fissuré. Non, je ne l'ai pas cassé, je l'ai créé comme ça tout simplement. Ma lampe de bureau était presque pareil : brisée mais fonctionnelle. Elle grésillait comme une luciole, c'est ce qui me faisait sourire.
Et au milieu de tout ça, j'avais ma petite boîte à musique. Elle jouait toujours le même air, mais je ne m'en suis jamais lassé. Lorsque je l'ouvre, j'ai l'impression d'entendre de nouveau la pluie qui toque contre les vitres brisées de mon unique fenêtre. Après chaque jour de pluie, au pied de mon lit, se formait une flaque dans laquelle j'aimais sautiller. J'aimais également me contempler dedans. Elle m'avait fait office de miroir pendant quelques temps. Et, enfin, il y avait deux portes. Une verte sur laquelle je collais mes dessins et une noire qui me faisait peur. Enfin, on m'avait appris à en avoir peur. J’en ai encore peur aujourd’hui. On m'avait averti, je ne devais jamais sortir de ma chambre par cette porte. On me l'avait répété je ne sais combien de fois, mais plus on en parlait plus je devenais curieux. C'est alors qu'un jour je décidais de l'ouvrir. Elle menait à une pièce qu'on ne pourrait pas se représenter. C'était quelque chose de désordonné, comme ma chambre, mais c'était un désordre terrifiant.
Tout était sens dessus-dessous. Il y avait des bêtes au plafond, quelque chose de semblable à des moustiques mais ils ne vous attaquaient pas. Ils vous regardaient c'est tout. Je disais que c'était terrifiant, mais c'était plus que ça. Même la panique ne serait pas quelque chose d'assez fort pour vous expliquer tout cela, c'est quelque chose qui dépasse l'entendement voilà, quelque chose qui transgresse les lois de notre propre imagination. Vous ne pouvez même pas hurler car votre voix reste imperceptible. Toutes vos émotions le sont, en fait. Vous n’entendez que votre coeur qui bat, qui vous guide, qui essaye de vous trouver un échappatoire tandis que vous perdez petit à petit vos sens, vos membres, tout ce que vous connaissez disparaît, vous est ravi.
Je me suis empressé de sortir et de fermer la porte. Je restais une bonne dizaine de minutes là, à attendre, serrant la poignée de la porte avec une force herculéenne. Je me suis senti submergé par un tourbillon d'émotions qui me fit tomber à genoux. J'entendais mon coeur battre dans mes oreilles et je n'arrivais pas à calmer ma respiration. C’était comme si mille pairs de bras vous serrait en même temps, avec une telle force que vous pourriez presque sentir vos os craquer. Lorsque je finis par me retourner, il n'y avait plus rien. Mes armoires, mes livres, mes lits, mes chaises à bascules, mes feuilles, ma lampe, même mes tableaux, mes taches et mes capsules, tout m'avait été pris. Oui, je dis bien pris car je sais où ils sont, où je les ai laissés. On m'avait prévenu, j'ai désobéi. J'en ai subi les conséquences. La seule chose qu'il me restait, dans cette chambre vide, silencieuse et froide, c'était ma boîte à musique et quelques gouttes de pluie.


C’était un tout autre désordre : celui que j’avais créé malgré moi. »





#4 Posté 01 March 2018 - 05:46 PM Par Yüki

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Ce monologue… Il me faisait froid dans le dos. J'arrivais à peine à penser à autre chose, les récits de ce genre me faisait toujours une sensation étrange, une peur, une crainte de l'inconnu. Je n'aimais pas les histoires de cette sortent, horrifique, bizarre et étrange. Elle n'avait rien de concret et de prouver scientifiquement. Je n'avais jamais regardé de film d'horreur pour cette raison, cela dépassait l'entendement humain. Comment peut-on ouvrir une porte qui mène à ce qu'on croirait à un autre monde et comment… Peut-on avoir une chambre aussi désordonnée et hyperboliquement inimaginable. Il était clair qu'il jouait une nouvelle fois à me faire peur… C'était son habitude de me faire ressentir l'inquiétude à travers ses contes horrifiques, elles parcouraient mon corps entier et me tétanisaient les muscles. Le souffle qui se coupe, le vide qui se tient sous nos pieds. Voilà ce que valait les histoires de Gin. La peur du vide. On tombe loin, très loin du monde humain et nous nous retrouvons baignés dans un amas d'anomalies… A couler, tout au fond de ces rêves lucides et oniriques que sont les pensées de Gin. Il était indiscernable, impossible à comprendre réellement ce qui se cache derrière ce sourire. Mais je l'aimais bien, c'était une personne avec une imagination débordante malgré un certain… Sadisme ? Il était touché par des séquelles de son passé d'inspecteur il n'y avait aucun doute là-dessus. Néanmoins, j'avais la vague impression qu'il y avait autre chose qui ne m'était impossible à comprendre… Peut-être qu'un jour je comprendrais ce qui se cache derrière le sourire. Comme… Celui… Non…

"Mais... Comment en dix minutes ils ont pu tout faire disparaitre ?" Je restais dans son jeu, je voulais voir jusqu'à où il voulait aller dans son récit. Un coup de parapluie, il s'était arrêté de marcher. Il se retourna légèrement, un faciès hésitant, perplexe. Son sourire s'était dissipé pour laisser place à une incompréhension visible. "Comment ça, ils ?"

"Il y a bien quelqu'un qui vous a tout pris non ?" Son sourire s'étend de nouveau, une nouvelle fois… Je ne comprenais pas sa réaction. S'amusait-il ? S'attristait-il ? Son sourire voulait dire beaucoup trop de choses. Derrière cette blancheur parfaite se dresse un mur de sentiment imperceptible, incompréhensible… Ce mur… Je n'ai jamais réussi à le contourner ou bien même à le gravir. "Donc vous partez du principe que tout ce que je vous ai dit est vrai ?"

"Il n'y a pas de mal de rentrer dans vos âneries et de continuer le jeu plutôt que de le stopper immédiatement." Je lui rendais un sourire, le miens voulait dire que je m'amusais… Il était facile à comprendre… J'étais un livre presque ouvert comparé à l'encyclopédie fermée par un cadenas gigantisme qu'est celui de Gin.

"L'heure n'est pas aux jeux, mais si vous y tenez, nous pourrons jouer à un jeu ce soir. Celui que j'aie en tête me tient particulièrement à cœur" Les pas de parapluie continuaient et nous arrivâmes enfin dans l'arène principale. L'heure n'était pas aux jeux mais au cours en effet. Les élèves ne vont pas tarder à envahir les gradins. C'est dans un élan de gaieté que je répondais amicalement à Gin. "Alors nous jouerons ce soir !"

La suite des évènements était assez simple à comprendre. On remettait la cape du rôle de professeur afin de mettre en place tous les préparatifs. Faire un récapitulatif de toute l'après-midi. Tout était en place… Pour le tournoi. Les élèves rentraient dans l'arène de duel, les gradins commençait à être légèrement bondé. Cent paires d'yeux nous guettaient à attendre presque sagement le départ tant attendu. Bizarrement… Quand Gin était à mes côtés, les élèves avaient une crainte lisible sur leurs visages juvéniles. Le micro s'active, les retardataires cours pour trouver une place, un pain à la bouche et une veste mise à la va-vite. "Bonjour à toute et à tous ! Comme vous le savez aujourd'hui est un jour assez spécial où nous allons pratiquer une nouvelle forme de duel. Vous avez eu part de toutes les règles imposées la semaine dernière… J'espère que vous avez pris le temps de les lires car nous nous répéterons pas ! D'autre part ce tournoi, mettra vos talents de duelliste et d'esprit d'équipe à rude épreuve alors ne flanchez pas et chauffez-vous les méninges !" Je balançais mon bras et mon sourire accompagnait le tout. J'étais heureuse de faire ce métier et de partager cette envie à tous ces étudiants. Je faisais la passation de micro à Gin qui dans un petit rire qu'on lui connait bien. Il énonça la suite du discours.

"Vous êtes vingt groupes, je surveille les équipes allant du numéro 1 au numéro 10. Mademoiselle Tachibana surveille le reste. Donnez le meilleur de vous-même et..." Il sortait un dé qu'il cachait dans la poche de son veston olivâtre. "Que les premiers matchs..." Le dé s'envole dans le ciel et nous allons bientôt savoir le résultat tant attendu. "Commencent ! Oh... Huhu... C'est un 1 !" Il souriait une nouvelle fois… Cette impression me fit légèrement chavirer mes pensées. Un sourire qui cache tant de chose… Voulez-vous que je vous montre ? Artie…




#5 Posté 24 March 2018 - 10:59 PM Par Kalin

  • Kalin
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Tandis que la flamme se meurt lentement sur son siège de cire, les yeux du poupon se couvrent d'un voile sombre. Par-dessus les deux orbes de saphir qui dorment au fond de ses orbites viennent se fermer deux coquilles, comme des couvertures en laine pour assurer au dormeur un sommeil confortable. Sa respiration est un murmure tiède comme les brises d'été qui vous caressent les joues et font danser vos cheveux. Maintenant qu'il dort, son visage a l'air si doux. Toute son innocence juvénile est revenue lorsqu'il a franchi la porte du pays des rêves. Cette porte vous lave de tout péché. Elle vous rend propre, blanc. Il fait si bon y vivre...

Le marchand de rêves souffle sur la bougie. La flamme s'éteint. Les monstres se dispersent tandis que l'obscurité regagne la pièce. Crac... Crac... Crac... produit le bruit d'un pas tranquille sur le plancher. Il récupère son chapeau suspendu sur le porte-manteau, enfile ses gants, puis pose ses doigts sur la poignée de la porte. Gnniii... gling... glingling... la porte grince dans ses gonds rouillés. Au-dessus de l'encadrement, des petites silhouettes dansent, suspendues par des fils à l'attrape-rêve, produisant de petits tintements en s'entrechoquant. Puis la porte se ferme. Il cale son chapeau sur sa tête et passe ensuite par le long couloir qui mène jusqu'aux escaliers. Il descend. Alors, il se retrouve à l'extérieur. Quelqu'un l'attend.

«Ne t'avise plus de me faire attendre aussi longtemps...»

Ses yeux noirs ne reçoivent pas la froideur qu'il lui donne.

«J'ai pris le temps de fermer les volets.»

Il lève un peu le menton pour observer la façade. Les volets sont fermés.

«Je ne t'ai pas... Rhhh... demandé de m'expliquer pourquoi tu es en retard... Pshhh... Suis-moi, et tiens-toi tranquille.»








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