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15 Février 2018 : La mer de sable


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4 réponses à ce sujet

#1 Posté 24 November 2017 - 11:35 PM Par Yüki

  • Yüki
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Je crache… Putain de sable. Cela doit faire cinq heures que je conduis à la place d'Hastutori. Ce branleur de première dort comme un lézard la nuit et moi ? Je fais ce qu'elle m'a demandée de faire… Ramener son petit frère à la con… "Une mission urgente" disait-elle. Ouais bah ce que je vois c'est un ancien mec qui retourne sa veste pleins de fois. Je ne compte pas le laisser bouger le petit doigt sans mon autorisation. Il va comprendre qu'ici, on a beau être libre… La sécurité de notre peuple prime avant tout.

Vermilion se dresse enfin devant nous, à bord de notre jeep couleur sable on peut enfin voir le reflet de l'enfermement sur les vitres des buildings. Ces gens, se retrouve esclave de leur société immonde… Pauvre à eux, ils ne connaitront jamais le bonheur de la liberté. Et qu'est-ce que je m'en soucis ? Je m'en branle totalement de leur vie. Les roues du véhicule déchargent le sable tandis que nous roulons sur les terres cimentées de Vermilion. La douane nous a fait passer sans aucun problème… Il est normal vu toute l'aide qu'on leurs apporte à ces enchaînés. Je regarde ma montre à gousset, huit heures treize… J'espère qu'il sait attendre ce petit con.


"Ho petite merde réveille-toi !" Hurlais-je en mettant un grand coup dans le ventre d'Hastutori. Il me remercie par une petite injure avant de se réveiller à son aise. Les cheveux noirs en pic, le regard aussi bleu que le ciel, un corps avec une carrure de guerrier et un visage ayant connu une guerre atroce. Hastutori a beau rester calme, dans sa tête c'est l'enfer… Il nous a rejoint car il en avait marre de cette vie de misère qu'on lui proposait à Vermilion. Il me disait qu'être regarder comme une victime l'énervait au plus au point… Il veut montrer qu'il est encore maitre de lui-même et pas un pion des psychologues. Cela fait un an qu'il est là, à vagabonder, combattre et vivre avec nous. Putain de bouchon de merde ! Ça n'avance jamais ici bordel ! Je soupire voyant que les regards se posent sur nous. On n'est pas des aliens pourtant… La différence tue dans cette ville, c'est un fait. Si je ne m'étais pas barrée avant… Je serai surement en train de pourri dans un caniveau.



"Tu crois qu'il nous a attendu ?" Hastutori ne parle que rarement et pourtant il en pose de ces questions… Comme si je sais ce que ce mec va faire de sa vie. "Il est un abrutit mais pas au point de laisser tomber. Yuna a dit qu'il est obstiné dans ses idées alors fait gaffe." Il acquiesce de la tête, on sait ce qu'on doit faire à notre première rencontre. Ah enfin ça roule ! Que les gens sont lents ici ! C'est quelque chose qui m'étonne toujours.


Arrivé devant la gare nous sommes descendus de la voiture, Hastu la garde tandis que moi je vais chercher l'autre. Il est calé sur sa valise, les bras croisés et les yeux fermés… Sérieux il dort ? Je m'approche de lui discrètement et il semble vraiment dormir. Un petit sourire orne mon visage. Regarde comment je réveils les gens. Je lui mets un grand coup de pied dans le ventre ce qui le fait tomber à la renverse par terre. Je ne laisse échapper aucun rire et pourtant qu'est-ce que je me fous de sa gueule dans ma tête. "Saki. Lève-toi." Le regard aussi dur que celui de sa sœur… C'est l'une des choses qu'elle m'a apprises pour vivre dans ce monde.


Il se relève, non pas sans mal, tout en tenant son ventre d'une main. Je suis allée trop fort ? Je soupire intérieurement, il a tout à apprendre celui-là. "Je suppose que tu es Mei…" Malgré sa pseudo douleur il me sourit. "C'est bien tu as l'art de deviner l'idiot. Bref, avant de partir avec ça" Je pointe sa valise "Tu dois me donner tout ce qui est électronique sur toi. Ah et si tu n'es pas d'accord nous on se casse." Je n'en ai rien à faire de ce môme.


Avec beaucoup de mal il me donna son téléphone et quelques autres trucs, du style émetteur, récepteur de sa valise… Pratique pour la maison. "Ramène-toi" Je fais volte-face et me dirige vers la voiture. Il me suit sans rechigner, c'est un bon début même si son sourire en cache encore sur sa personnalité ambiguë. Je fais un signe de tête à Hastu en même temps qu'un geste de la main. Il sait quoi faire maintenant. Blanche neige me suit de près, une fois assez proche de la voiture, Hastu passe devant moi pour faire une fouille à ce type. Avoir aucune confiance aux inconnues, une de mes règles que j'impose à toutes personnes qui viennent en expédition avec moi. Hastu tend vers moi un petit objet noir, un second téléphone… Petit con. Il n'a pas compris mon premier message ? "On en fait quoi ?" Dit Hastu en jetant un léger regard en arrière. "Brises-le" Il a essayé de nous en dissuader mais une fois l'ordre donné à Hastu, il est impossible de revenir en arrière. D'une main il brise le téléphone qui se retrouve en morceau à terre. Le petit canard semble désespéré.


"Écoute moi l'abruti, je t'ai dit de tout me filer non ? Alors ne te plains pas et monte vite dans la voiture on a de la route. Ah et j'espère que tu sais conduire, car je ne compte pas tout me taper une nouvelle fois."



"Et si tu t'endors sache que je suis là pour te réveiller" Hastu se craquer les doigts accompagnant ses dures paroles. Il lance un regard noir envers mon frère de la liberté… Aux yeux d'Hastu, il semble ridicule. "Hastu tu conduis, on fera une pause quand on sera sortis d'ici." J'ai beau être stricte et froide, il sait très bien que je l'apprécie. Comme tout le peuple en fait. C'est juste avec les nouveaux que j'ai du mal, surtout lui… On remonte dans la jeep, pendant qu'Hastu remet le plein avec un de nos jerricans. J'ai pris toutes la banquette arrière laissant cet imbécile au doigt puissant de notre ogre. Tout en m'étirant, je fixe le nouveau qui semble stresser.


"Désoler pour tout à l'heure." Se désole t-il. Je sors simplement un "Ferme-là veux-tu ?" Il manque plus qu'il me déballe sa vie… En vérité, je m'en cogne. Peut être s'il se fait un nom alors là je le respecterais. Pour l'heure, il est encore une menace pour notre peuple. Yuna savait que je lui ferais subir ce châtiment. Elle m'étonne toujours, que ce soit dans ses ordres ou bien sa vie privée. Blanche neige ne parle plus et regarde Vermilion s'éloigner pendant que Hastu regarde droit devant… Nous avons encore de la route. La fatigue m'emporte et je m'endors sur un nuage de sable fin, laissant le destin de neige à l'ogre.


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Je suis en route… Enfin… C'est fini. Courir, se cacher, fuir… Le masque se brise enfin et je le laisse aujourd'hui à Vermilion. Il ne reste plus rien de lui… J'ai envie de crier, d'hurler ma joie. Mais je me contenterais d'un sourire cette fois-ci. Je ne veux pas réveiller cette Mei… Froide comme elle est… On dirait Yuna. Inconsciemment… J'ai eu l'impression de parler, ne serait-ce qu'un instant avec elle. On s'éloignait des rails et maintenant nous arpentons le col de la montagne. La route redevenait un mélange de sable et de bitume. Malgré la construction des hommes, la nature essaye de reprendre ses droits. Je ne pus apercevoir en détail ce lieu, trop immergé dans mes pensées enfantines et…. Une certaine boule au ventre. Je ne sais combien de montagne j'ai vu passé… Mais je fus soulagé quand nous avons quittés le long de ces rails pour s'enfoncer dans les dunes des Landes. Nous tournions le dos à Crash-Town, je soupirais. Le type, Hatsu selon Mei, ne m'a pas adressé la parole une seule fois, ni même un regard. Ils sont tous comme ça dans le peuple libre ? M'inquiétais-je intérieurement.


Au milieu des montagnes de dunes nous nous sommes posés sur un petit banc de grès assez grand pour garer la voiture. Le moteur coupé, c'était l'heure de faire une pause. Depuis combien de temps on roule ? J'en ai perdu le décompte. A vrai dire, je n'ai même pas regardé ma montre une seule fois. Je descendais du véhicule tandis que Mei se réveiller tranquillement, le temps d'un instant je voyais une forme d'innocence sur son visage. M'ayant remarquée elle me fusilla du regard "Tu veux ma photo le morveux ?" Lançait-elle froidement. Je pense qu'il est temps d'arrêter de se faire écraser et de s'imposer un peu. "Pourquoi pas… au moins je la mettrais dans mon carnet des personnes à éviter" Disais-je ironiquement. Ni une ni deux elle passa au-dessus de l’arceau de la jeep. Je crois… Que ça s'appelle bouffer le sol dans mon jargon. Sa chaussure écrasa ma tête… Imprévisible… "Écoute-moi bien, tant que tu seras étranger pour moi tes blagues de mauvais goût tu peux te les garder bien profond. Et la prochaine fois que tu me regardes de cette façon tu goutteras l'autre semelle. Suis-je clair l'imbécile ?"


"On ne peut plus clair…" Le côté agréable dans tout ça, c'est le coussin de sable chaud… A contrario des rangers de Mei. Elle en avait de la force et du caractère… J'imagine, qu'elle a dû vivre certaines choses pour en arriver à là… Je ne peux la blâmer, non. Car je comprends. Elle retirait son pied, me laissant le temps de… Une bouteille vint me frapper le visage me faisant retomber sur le sable. "Bois. Sinon tu vas pas tenir dix minutes."  Je finis par lâcher quelque gloussement de rire… Cette situation me fait rire. Je pense que je peux rire maintenant, plus rien ne m'en empêche. Le nouveau se fait bizuter à la façon des Landes. Je peux me détendre, le stress continue est fini. Je me relevais en mettant ma main devant le visage au cas où qu'on me lance une autre bouteille. Et je vis les deux en train de regarder une carte sur le coffre rabaissé de la jeep. Tout en ouvrant la bouteille je me dirigeais vers eux.


"Si on passe par là on risque de les croiser une nouvelle fois, contournons ici, là et là" Elle fit plusieurs points avec ses doigts sur la carte des Landes. Le chemin choisi nous rallonge surement de plusieurs heures… Mais qui peut-on croiser ? Le peuple libre à des ennemis ? Ma curiosité prenait le dessus. "Vous avez des opposants ?" Hastu se tournait vers moi, un regard dur. "Et pas qu'un…" Il lança un sourire narquois "Tu les découvriras en temps voulu. Pour l'instant tu suis nos directives et tout se passera bien." Qui peut bien en vouloir au peuple libre ? Letton ? Non… Pas possible. Des bandits ? Possible. "Tiens en parlant de ça. Saki. Tu conduis, je serais ta copilote pour cette traversée." Elle me montrait un petit chemin qui ne semble pas long… Mais elle était entourée de rouge… Au même endroit où ils ont rencontré leurs opposants. "C'est ça la zone rouge ?"


Elle soupira "Tu comprends vite mais faut t'expliquer longtemps…" disait-elle en repliant la carte. Donc cette zone est dangereuse à ce qui parait. La pause dura dix minutes le temps de récupérer et surtout de s'hydrater, le soleil des Landes tapes fort… Et maintenant je comprends mieux pourquoi ils portent tous des lunettes, ce sable s'incruste partout, je vidais mes chaussures tandis que les deux autres commençaient à replier le campement improviser. "Tiens." Dans un seul geste, Hastu me lança les clefs de la jeep… ça fait longtemps que je n'ai pas pris la route. Tout en montant sur la place conducteur, je me voyais déjà voguer sur les mers de sable à la conquête de nouveaux oasis perdus. Mei s'est mise à côté de moi, scrutant mes faits et gestes et m'indiquant la marche à suivre. Dans le vrombissement du moteur, nous roulions sur un océan dorée.


"Écoute l'imbécile, quand tu vas passer sous cette arche, tu coupes le moteur et tu passes au point mort… Nous serons en descente et… En zone rouge, donc pas un bruit. Tu rallumes le moteur sous ce seul signe." Elle le va la main en faisant un 'o' avec ses doigts. L'arche se trouvait à une centaine de mètres. "Ah aussi… Si tu entends un autre moteur… Fonce." Nous passons sous l'arche dans un calme plat, seul le crépitement des grains de sable sur les roues faisaient du bruit. Tout le monde était aux augets et moi… Je stressais de plus en plus. Qu'est ce qui peut se cacher ici ? Pourquoi autant de procédure ? Et là… Nous nous engagions sur une longue descente, je voyais le compteur de la jeep dépasser les cent trente, un faux mouvement de ma part et on valdingue. Je restais concentré sur la route afin de maintenir la voiture droite… J'ai une habitude de rouler sur du sable… Mais pas de cette façon ! Dans le silence radio, un bruit étouffe celui de nos roues… Un moteur…


"ROULE !" Hurla Mei. Sans plus attendre je tournais la clef et accélérais, le compteur dépassait les deux cents. La montée va être violente. Je risquais un léger regard dans le rétro intérieur et voyais deux motos nous poursuivre. "En haut je prends le relais, on va les semer… Tu as intérêt à faire vite." M'ordonna Mei en détachant sa ceinture et en se levant. Nous arrivions à la montée et je détachais rapidement ma ceinture… Hastu me prit de force et m'installa sur la banquette arrière… Son duel disque était activé… Un duel… Dans une voiture ?! "Vous êtes pas sérieux là ?! Vous allez vraiment faire un duel ici !"


"Et alors ?" Répondit Hastu, le regard fixé en direction de nos poursuivants. Question con je te jure…


"Accrochez-vous !" Cria Mei. Dans un mouvement la jeep fit un quatre-vingt-dix degrés et se dirigea vers une sorte de grotte. Les secousses étaient violentes, j'étais pourtant agrippé aux arceaux mais la puissance des coups de volant de Mei me faisait partir à droite et à gauche me faisant prendre une barre violement qui me produisit une perte de connaissance instantanément.


Qui aurait cru ? Des poursuivants qui veulent surement notre mort dans les Landes et des duels… Dans ma tête cela sonnait faux… Et pourtant, ma tête à très mal actuellement. Le moteur ronronna et la conduite semblait plus apaisée, le soleil avait fait les trois quarts du ciel… Tout en apposant ma main sur ma tête je regardais derrière nous… Personne. Je soupirais tout en lâchant un petit râle. "Bien dormis Blanche neige ?" lançais Mei sereinement… Elle est drôlement drôle celle-là. "Ils sont passés où ?"


"On les a semés depuis longtemps…" Répondit Hastu.


"D'ailleurs l'imbécile… On va pas tarder à arriver, alors tiens-toi à carreaux." Au loin je voyais une forme se dessiner, une sorte de ville de sable immense entourée de rempart de pierre de la même matière… Je suis bientôt revenue… Yuna.





#2 Posté 25 December 2017 - 11:20 PM Par Kawaki

  • Kawaki
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Mon grand problème c’est que je prends tout à la légère. Je me suis même demandé à un moment si cela n’était pas une maladie contagieuse, cette maladie qui porte toujours un nom d’origine grecque pour faire bondir un copain du canapé lorsque vous lui en touchez mot. C’est grave ? Non, juste une légérovicidose ou une légérofodite, appelez cela comme vous voudrez. Le seul hic c’est que je mélange le latin au grec, ce qui fait perdre tout son charme à mon problème. Mais, j’aime le bordel, alors faire un bordel linguistique, communément appelé néologisme, cela me fait jouir intellectuellement. Si vous trouvez que intellectualité il y a, bien évidemment.
En tant que grand malade, je me suis donc décidé à aller voir les meilleurs spécialistes qui, sans nul doute, me feraient sortir cette maladie du couvre-chef : un mari cocu, une femme de soixante-dix ans en plein cycle menstruel (Dieu merci c’est si rare), une prostituée, un mendiant et un chômeur avec une corde autour du cou. La frontière entre les deux derniers exemples est très réduite vous en conviendrez mais on ne fait pas les choses à moitié lorsqu’on est malade. J’ai donc toqué à la porte de chacun d’eux, si porte ils avaient, et je leur ai demandé si mon cas était grave comme tout homme inquiet de mon rang. Eh bien devinez quoi, ils m’ont tous conseillé la même chose : aller me faire foutre, accompagné d’un bon coup de pied au derrière. Je ne pensais pas qu’il était si facile de s’en débarrasser. Cependant, je ne savais pas comment « aller me faire foutre ». Ce langage médical et abstrait me paraissait des plus ambigus. J’ai donc fait le tour de toutes les pharmacies de la ville et je n’ai eu que pour seule réponse : « vous rigolez j’espère ? Sortez de mon magasin nom de Dieu ! ». J’étais peut-être en phase terminale. Tout ce que je disais ou demandais prenaient des proportions tellement légères que mes inquiétudes s’alourdissaient.
Mes spécialistes m’avaient au final transformé en un pauvre casse-cou grognon avec une forte douleur dans le derrière. J’avais cette drôle d’impression que le monde s’était inversé et que je ne pourrai plus jamais le voir d’un autre œil que celui d’un poids plume. Je suis un grand malade, il fallait que je l’accepte. J’ai fini par l’accepter, en quelque sorte.

Je marche dans la rue, légèrement avachi, mais pas trop. Avec mon entrain habituel, je salue le marchand du coin. Il me montre son majeur, un signe de son affection en somme, accompagné d’une voix virile et quelque peu agaçante :

- Rends-moi mes dix mille yens, enfoiré !

J’ai la flemme de parler, encore plus de me chamailler. Mes épaules se lèvent, espérant peut-être cacher mon visage flegmatique. Flegmatique… Je ne sais même pas ce que cela veut dire, mais le mot me plaît. Je baisse fièrement la tête et je la boucle. Ma main s’enfonce dans les tréfonds de ma poche pour en sortir mon ordre de mission, je veux absolument éviter le sujet de mes dettes, disons que je suis radin de fonction et menteur de métier. Cela fonctionne : les insultes s’éloignent mais se multiplient en me massant le dos. Les têtes se tournent vers moi mais je m’en fiche : j’ai la flemme. Cette dernière s’intensifie lorsque je relis mon ordre de mission :

Rejoins-moi à la Veilleuse.

Mission secrète : Rang ?

Yuna.

Après vingt bousculades, quarante rappels à l’ordre et quatre-vingt plaintes pour harcèlement, j’arrive devant la Veilleuse.
Je tiens tout de même à vous assurer que je ne suis pas un violeur malgré les plaintes que je reçois. Ce n’est pas que cela me gêne mais cela me dérange. Disons que je rends services aux femmes : les décolletés, il n’y a rien de pire. J’essaye de cacher tout cela durant l’hiver. Si elles les exposent trop, le tout va geler ! Rien que pour ma part, il faut que je réchauffe mes bijoux de famille au coin du feu, de peur de les perdre à cause de ce froid tenace. Je tente de l’expliquer aux forces de l’ordre mais ils font la sourde oreille, cela m’agace. Etrangement, lorsque la discussion vacille en leur faveur, mes jambes s’activent toutes seules et se mettent à courir. Je leur crie à ces gendarmes : « Mais ce n’est pas moi ! Ce n’est pas moi ! ». Ils ne me croient guère. De loin, ma situation peut ressembler à un sketch, mais je vous assure que je suis loin de faire le clown.
Pour en revenir à la Veilleuse, c’est une tour, une grande tour, une très très grande tour. Elle surplombe de sa couleur noire la ville jaune remplie de bâtiments qu’on a construits. Je ne sais pas comment les nommer, ces maisons, mais vous savez on dirait du sable mais transformé en maison. La Veilleuse, du coup, elle veille sur ces maisons de sable qui composent la ville d'Akhmis. C’est ce que m’a expliqué Yuna, ma boss.
Il n’y a pas réellement de quartiers, ni de rues, ni de boulevards, ni de zones, mais c’est une ville. Il y a des marchands, des jeeps, des femmes, des hommes, des enfants, des vieillards, des couturiers, des restaurateurs, des mendiants, des mariés, des célibataires… Un peu de tout pour former un tout cohérent, je pense avoir été clair.

Les gardes à l’entrée me regardent avec dédain. Ils hésitent même à me laisser passer en vérité. Je leur montre mon ordre de mission. Ils se lancent un regard, ils me jaugent et me crachent sur chaque sandale avec un rire gras. Je les imite et ils me laissent passer. Il est possible qu’on ait sympathisé.

- Deuxième étage, me lance celui qui a craché le plus gros mollard.

Je soupire. Les escaliers, ça me fait chier. Il faut monter en haut et puis descendre en bas. Nous sommes au vingt et unième siècle et nous n’avons pas d’ascenseur. Pourquoi ? Va savoir. Même le plus petit village des Landes, Sakeda, avait un ascenseur quelque part. Yuna a toujours été vieux jeu.
Une marche… Deux marches… Quatre marches… J’ai l'impression que cela ne va jamais finir. Les échos de mes pas lents résonnent dans les couloirs avec une répétition presque frustrante. Je m’effondre par terre une fois l’objectif accompli ; mon corps fait un bruit sourd qui fait trembler la tour. Yuna devrait me décorer d’une médaille, voire même me passer la bague au doigt. Je ne connais aucun homme qui ait déjà monté deux étages entiers pour elle. Il fallait se relever, un peu de dignité ne serait pas refus.
J’ai mal au dos, je suis courbé. La salle est faite de grès du mur à la table. Yuna est assise autour d’une table avec quelques-uns de ses subordonnées encapuchonnés ; encore des fantômes qui essayent de se donner un genre. Une grande carte des Landes est posée sur la table avec des pions dessus. Ils ont l’air de faire un Monopoly, j’espère ne pas les déranger en pleine partie. Ma boss se retourne en m’entendant arriver, arrêtant de suite son présumé jeu de société. Son faciès paraît un peu trop dur pour une partie de Monopoly, était-elle en train de perdre ?

- Toujours à la traîne Dosuke… (elle se lève en joignant ses mains derrière son dos) J'ai une mission des plus urgentes pour toi. A moins que tu sois trop fatigué pour la faire ?

En guise de réponse, mes jambes flanchent et je tombe sur les fesses. Le regard de ma boss s’obscurcit, ses mèches se transforment presque en couleuvres mauves, prêtes à m’étrangler sur le moment. J’allais devoir user de ma plus grande éloquence pour me justifier :

- Je n'aime pas marcher, j'ai les mollets enflés après… Mais mon petit doigt me dit qu'elles vont dégonfler après ton speech... Alors c'est bon signe... Tu disais quoi déjà ?

Son sourcil commence à tiquer. Il gigote comme une chienne au printemps. Cela m’amuse un peu mais mes mollets me font mal. Je les masse pour calmer la douleur.

- Tu as une personne à accueillir... Il ne devrait pas tarder, répond-t-elle le regard autoritaire.

Elle s’approche doucement de moi, comme une tigresse qui boîte, et continue son discours d’un ton aussi dur que le parquet de chez moi :

- Mei et Hastutori sont avec lui... Toi, tu l'accompagnes ici et tu lui expliques la vie dans la ville sur le chemin. Et dit aux deux autres de faire leurs rapports. C'est clair pour ton petit cerveau ?

Je le sens… Des sueurs froides se dessinent dans mon dos, mon visage se décompose, je déglutis. Mes yeux se lèvent vers ma boss, presque avec effroi.

- Ca veut dire que…

Je jette un regard désespéré vers mes mollets.

- Je vais devoir redescendre les escaliers pour aller le chercher ?…

- Je t'assure que si tu ne descends pas les escaliers dans cinq secondes, tu vas les dévaler un coup de pied au cul.

Le craquement de ses doigts fonctionne comme une étincelle : deux flammes maléfiques apparaissent dans ses yeux émeraudes. Cette fois-ci j’en étais sûr, elle était proche de la banqueroute au Monopoly. Elle fait demi-tour et revient s’asseoir à la table, scrutant les pions posés sur la carte.
Une source de lumière, pas très grande, s’allume dans mon crâne. Une idée lumineuse en jaillit.

- Mais oui ! Si je dévale je n'ai pas à descendre !

La source de lumière m’alimente en motivation. En deux temps trois juments me voilà debout, prêt à aller remplir mon devoir de citoyen.

- Je n'ai jamais essayé le groisse, le griss, le ... Oh peu importe, c'est la matière du sol, c'est dur, mais c'est pas important. Je reviens dans quelques minutes pour te faire part de mes expériences, Yuna-chan !

Je n’ai même pas eu la chance de pouvoir faire entièrement volte-face. Un projectile s’écrase sur ma tête. Je sens comme un truc qui dépasse de l’arrière de mon crâne. C’est une sorte d’érection crânienne qu’on appelle communément une « bosse ». Je ne pensais pas que Yuna pouvait me faire cet effet… Une boss qui fait des bosses…

- Ne m'appelle pas comme ça ! s’écrit une voix gaillarde derrière moi.

- Je ne pourrai pas dormir sur le dos ce soir... La bosse me fera si mal…

Je me gratte la tête pendant quelques instants tout en continuant mon chemin. Un regard inquisiteur me colle au dos mais je n’ai pas les bras assez longs pour le décoller. Je disparais dans l’angle de l’entrée, marmonnant quelques injures qui ne seront entendues que par moi-même.
Me revoilà de nouveau devant ces escaliers. Je me recule de quelques pas en prenant une grande inspiration. Je prends mon élan et je me lance. Comme une pierre dévalant une colline, je roule, je déboule et je m’écroule dans ces escaliers lugubres avec un vacarme assourdissant. Après quatre bleus et un orteil brisé, me revoilà à l’entrée. Les gardes accourent à l’intérieur et me relèvent. Ils me donnent de violents coup à l’arrière de la caboche en répétant toujours la même chose : « Mais y’a quoi là-dedans ?! Y’a quoi là-dedans ?! ». Je leur répondrais volontiers qu’il ne reste plus qu’une ampoule qui grésille mais mes lèvres sont trop enflées.

Par la magie de la plume, je suis assis sur le sable en tailleur, devant l’entrée de la ville, entourée de quelques gardes. L’horizon s’offre à moi et je ne peux m’empêcher de contempler l’étendue des Landes. Beaucoup de gens les ramènent au rang de désert : ils pensent qu’il fait chaud même l’hiver, ils ne voient que du sable et ils pensent même que tout cela est inhabité. Si vous plissez les yeux, vous verrez de l’herbe verte, accompagnée de quelques arbres. Les petits villages et faubourgs s’élèvent pour saluer les trains qui passent dans les différentes gares, laissant les passagers se revigorer avec une bonne bière. Malgré sa magnificence, le paysage m’ennuie au bout d’une minute. Je me remémore alors une chanson qu’un vieux prisonnier m’avait apprise. Elle est fort sympathique et fait perdre un peu de temps, de quoi tuer un peu mon impatience. Je tapote avec mon index sur mon genou pour retrouver le rythme. Ma tête commence à se balancer vers l’avant et vers l’arrière, de manière presque régulière, s’accordant avec mon doigt. Avec ma plus belle voix de ténor, je chante ces paroles poétiques :



Je l’attache et je te l’emprisonne

Comme une fermière, ou bien comme une lionne

En cage, en laisse, peu importe l’espèce

Je lui rends la monnaie de sa pièce

Dans le sang, dans le lac, dis-lui bey

Mon p’tit ver brille toujours au soleil !…


Un petit grésillement de mots me chatouille l’oreille depuis le haut de la muraille. Je me retourne et je m’écris, toujours avec ma belle voix :


- Hein ?!


Le grésillement devient plus perceptible. Il fonce vers moi comme un essaim d’abeille vers leur miel. Il me percute presque d’une pareille violence :


- Dosuke !! Ferme ta gueule !!





#3 Posté 27 December 2017 - 03:28 PM Par Yüki

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On arrivait devant la grande porte de cette forteresse imprenable… J'hallucinais, une ville entièrement fait de grès et d'autre fondation provenant des Landes. Une tour surplombait celle-ci, nous guettant du regard et surveillant les alentours, veillant sur la ville entière. Sur les grandes murailles plusieurs gardes faisaient leurs ronde, duel disque en main et l'arme à portée de ceinture. Il portait toutes une sorte d'armure très légère et pour certains des turbans et d'autres des lunettes avec un foulard. Quelques personnes ne faisaient signe de la main, de quoi me mettre mal à l'aise… La ville semblait… Bordélique, c'est le mot. Comparé à Vermilion ou toutes les routes sont quadrillés au millimètre près, ici, on pouvait s'imaginer que chaque habitation était construite au fur et à mesure de besoin pour former ainsi cette immense cité. Je vais me perdre tout le temps… Soupirais-je intérieurement. Mais pas le temps pour ça… Nous étions enfin arrivés à destination. Mei donnait un coup de volant tout en appuyant sur le frein, ce qui nous faisait déraper sur le sable fin et stoppait enfin notre long voyage.

"Hastu tu ramènes la voiture, on ira faire notre rapport après… Je vais amener l'idiot devant sa gentille petite sœur" Finissait-elle avec ironie. "Hé ho je suis toujours là tu sais ?" Elle ne me répondait même pas, ce comportement avait le don de m'énerver… Mais je ne devais pas perdre mon sang-froid qui est devenu chaud à cause de cette chaleur, insupportable. Je sortais de la voiture en même temps que la pimbêche de service, Hastu reprenait les commandes et passait par un autre chemin, contournant les murailles de la forteresse. On s'avançait sans rien dire et pourtant j'avais cru entendre Mei soupirer tellement fort qu'elle aurait pu créer une tornade. A elle seule, elle pourrait engendrer un ouragan… Cette femme était dangereuse… Je le présentais tel quel. On passait enfin les grandes portes qui faisaient trois fois ma taille si ce n'est plus, la ville était vivante et de nombreuses personnes passaient sans faire attention à ma présence et saluant Mei sur le passage… Un type était assis sur le sol, les jambes en avant, les mains posées en arrière sur le sable fin. Son foulard recouvrait sa tête entièrement, seul ses yeux bruns étaient visibles.

"Je savais pas que les vers restaient assit comme des cons au milieu du chemin." Sortais Mei, avec une tête blasée. Ce type ne devait pas être aimé de la ville, pourquoi ? Les habitants passaient pas loin de nous, guettant cet étrange personnage d'un œil mauvais… Ouais, ce type n'était pas clair ou alors c'était les habitants.

"Je ne reste pas assis... Je languis au soleil, ce qui est totalement différent" Mes oreilles me jouaient des tours… On dirait qu'il parle avec son nez, ou alors c'était le foulard qui faisait cet effet étrange. Il braquait ses yeux sur moi. "Oh, une nouvelle caboche" Il accompagnait sa phrase le poing tendu vers moi… J'imagine que c'est une façon de se présenter ici… "Dosuke"

Je me baissais légèrement et frappais son poing en guise de réponse. "Saki enchanté." Nonobstant ma fatigue et mon mal de crâne, je laissais échapper un sourire amical à cette nouvelle personne qui semblait beaucoup plus ouvert que les gugus de voyage.

"C'est bon les présentations sont faites mesdames ? Tu es là pour le chercher je suppose ?" Disait-elle froidement… Oui cette femme était vraiment à craindre.



#4 Posté 01 February 2018 - 01:19 AM Par Kawaki

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Mei, t'es trop simplette... Seuls les escargots sont hermaphrodites…

J’ai toujours respecté les handicapés. Je les considérais comme des indigènes ; un peuple aux multiples facettes d’une infinie richesse dotées d’un exotisme mystérieux qui vous attire comme l’aimant de vos passions. J’étais sensible à leur différence, à leur simplicité, et même au rejet qu’ils avaient à mon égard. Ces êtres si différents avaient le don de créer une atmosphère particulière ; une sorte de cohabitation, d’acceptation unilatérale qui me convenait tout à fait.
Je me rappelle m'être essayé au langage des muets. Les énergumènes qui le parlaient ne s’attardaient pas à mouvoir les lèvres, à vous lapider de sons aigus et dissonants à vous en donner la migraine. Non, ces énergumènes-là se tapotaient le torse, les joues et la tête, gesticulant comme des chimpanzés avec leur sourire niais, savourant l’idée d’être compris par un autre, celui qui leur était étranger.
Je me rappelle avoir été confronté à un petit garçon, assez chétif et beau de carrure. Jamais des yeux noirs ne m'avaient autant bouleversés. J'eus l'impression que leur infinie noirceur m'invitait à plonger dans cet océan d'encre, sale et brumeux, pour mieux me noyer ensuite. Je m'y risquais. Ce que je vis, dans les profondeurs de ces eaux sombres, fut tout aussi saisissant. Des milliers de cristaux brillaient d'une lumière chaude et lactée, alimentés seulement par notre proximité, celle qui lui tendait les bras vers une certaine reconnaissance.
Les gestes du muet me firent valser. Cela me paraissait tellement facile, tellement poétique que je n'arrivai pas à décrocher le regard de ses mains. Je pouvais presque entendre des mots, des bribes,  se frayer un chemin à travers les plis de ses doigts fins qui m'envoyaient diverses émotions, divers messages dont j'étais le seul et unique destinataire.
Lorsque vint mon tour, sous le coup d'une impulsivité presque lyrique, je laissai mon corps parler. D’un geste frénétique, je me grattai la tête en écarquillant les yeux, comme pour mieux laisser passer le courant qui se créait entre nous, sans oublier de me frapper le torse avec mon autre main. Puis, je fis vibrer mes lèvres à l’aide mon index, imitant à la perfection un hélicoptère Mitsubishi Heavy Industries MH 2000. Enfin, légèrement essoufflé, je tapotai mes deux joues pour lui transmettre les dernières vagues de sympathie qu'il me restait. Même le meilleur des ouvriers, après une journée entière de labeur, n’avait sué comme je l’ai fait pour parvenir à communiquer avec ce muet-là. Je sentais qu’à travers cette expérience mouvementée, ces quelques secondes d’ivresse et de partage, j’avais réussi à me faire un ami. Il était fort ému : il me remercia en fronçant les sourcils et en laissant échapper quelques larmes. Mon message l’avait sûrement bouleversé. Il finit par me tourner le dos, peut-être de honte ; je soupçonnais ce muet, du haut de son jeune âge, de souffrir d’une virilité démesurée. Cela m’attrista, la fin de notre entrevue m’avait semblé trop courte, trop rapide, trop abrupte. Je me réconfortais de manière ridicule, presque hautaine, en affirmant que c’était une manière orgueilleuse de me dire : « au revoir, mon ami ». Depuis ce jour, je me suis senti handicapé, moi aussi. On tenait peut-être là l’origine de ma légéroviscidose ; une sorte de genèse mythique à laquelle je me conformais en tant que héros, en tant qu’observateur de mon « moi », un « moi » qui était sans cesse attiré par « l’autre ».
J’avais continué sur ma lancée malgré moi. En me travestissant sous l’habit d’un infirme, j’avais eu l’occasion d’approfondir ma réflexion. Je me rappelle avoir proposé de jouer à la marelle avec un paraplégique, d’avoir emmené un malvoyant faire du tir à l’arc, d’avoir pu créer un jeu de rôle avec un schizophrène, d’avoir écouté le chant des oiseaux avec un sourd… Cependant, aucun d’entre eux n’avait repris contact avec moi. J’en avais conclu, avec tout le désarroi qui m’était permis d’exprimer à leur égard, que ces indigènes étaient des êtres profondément égoïstes et incestueux, des profiteurs qui s’éloignaient de nous en remettant toujours cet argument universel, presque inaltérable, qui consistait à tout ramener à leur handicap.
Néanmoins, c’est la reproduction incestueuse de cet égoïsme même qui les rend si mystérieux, si fermés, si complexes, si beaux. Vous profitez du moindre instant à leur côté, de la moindre bêtise, de la moindre maladresse que vous tenez à leur égard, car c’est tout ce que vous aurez : un grain de sable issu d'un sol jonché d’or. Vous ne pouvez que leur arracher des larmes et, au mieux, l’esquisse d’un sourire, aussi infime soit-elle. Car chaque moment passé à leurs côtés, chaque mot échangé avec eux leur rappellent cette différence. Cette différence qu’ils s’efforcent avec peine de transformer, si ce n’est d’apparenter à la majorité, à ce qui est de l’ordre du commun, à ce qui est considéré comme « normal ». Ils ont raison de les garder pour eux, ces secrets, sinon on leur arracherait leur identité. On peut me reprocher d’être trop philanthrope, cela ne me gêne pas. Cependant, personne n’a jamais osé me dire que j'étais trop handicapé, bizarrement. Cela devait paraître trop évident. J’en étais fier. Je me rassurais en me disant que j’avais, moi aussi, encore une part de mystère quelque part enfouie en moi.


Bref, Mei était l’une des leurs. Sauf que, sans le vouloir, c’était moi qui avait enclenché le mécanisme de son handicap.
Il m’arrivait de lui raconter quelques bonnes anecdotes sur les insectes éparpillés à travers les Landes et, si l’envie m’en prenait, du monde entier. Je prenais mon rôle tellement à coeur qu’il m’arrivait de donner vie à mes pensées avec le simple souffle de ma voix. Chaque information qui arrivait à se glisser à travers ses lianes rougeâtres se transformait instantanément en un ver, un termite, un escargot ou encore un scarabée à l’entrée de l’une de ses deux oreilles… Mais ces insectes, purement miens, avaient le don – je ne me prétendais pas Créateur mais cela ne saurait tarder – de creuser une sorte de tunnel ou plutôt un trou béant entre ces deux orifices factices. Elle devait les avoir extrêmement mal entretenus si mes chères informations ressortaient aussi vite qu’elles étaient rentrées. Il était évident que si le « je-m’en-foutisme » avait un coupable, tout le monde me montrerait du doigt, sans aucun scrupule. Et si ce même « je-m’en-foutisme » devait avoir un visage, il prendrait sans hésiter celui de Mei.
Bref, j’avais déjà dit à ma camarade que les escargots étaient hermaphrodites. Je me relevai doucement en poussant un gémissement plaintif : mon expérience dans les escaliers m’avait laissé des séquelles.


J'peux emprunter la jeep ? Kiwi doit suffoquer sous cette chaleur hivernale … Oh, je viens de faire une oxymore…

Tu vas marcher comme tout le monde, rétorqua Mei en passant devant moi, je vous laisse, j'ai d'autres lézards à fouetter. Entre idiots vous allez bien vous entendre.

Je la regardais s’éloigner dans la ville. Je pouvais presque entendre le bruit des clés qui s’entrechoquaient, ces chocs si doux à mes oreilles, qui venaient, parfois, se compléter avec le vrombissement d’un moteur imaginaire, je dirais même illusoire tant cela me manquait amèrement. J’abaissai mon foulard en soupirant. Ma joue me faisait extrêmement mal. Je me tournai vers le nouvel arrivant, un sourire crispé de douleur au lèvres.

Kiwi... T'as déjà porté quelqu'un ?

Il sourit, peut-être nerveusement.

Ehm... Ca m'est déjà arrivé. Et c’est Saki.

Je préfère Kiwi, ton oeil me fait penser à ce fruit… Bref, tu me sers de jeep ?

J’étais de mauvaise foi. Son œil ressemblait plus à une émeraude qu’à un kiwi. Une émeraude totalement fausse, truquée et mal incrustée. La pupille en question était décalée d’à peu près quatre millimètres par rapport à celle de gauche. Cette asymétrie, si imparfaite, me perturba légèrement. D’un côté, je ne pouvais m’empêcher de féliciter la vermine qui lui avait arraché son œil originel. Un visage aussi pâle et moqueur devait être parfait, à l’époque, lorsqu’il s’agissait de vous glacer le sang. L’artiste virulent avait bien réussi son travail : il y avait laissé sa touche d’humanité, peut-être quelque chose de plus précieux encore ; ce visage était imprégné d’une liberté, d’une fougue robuste mais stérile, gelée sur ses traits qui cachaient péniblement une honte propre à l’échec, comme ceux d'un mendiant qui n'avait que le soleil comme or à l'horizon.
Il soupira, mais il finit par accepter. Le son du moteur au démarrage me manqua terriblement, au même titre que la vitesse. Je n’osais plus rien demander. Nous avancions à travers la foule ébahie.


Tu es tout le temps comme ça ? me demanda mon véhicule improvisé après quelques mètres.

Léger ? Oui. Je ne mange que deux repas par jour. Ca m'aide à garder la ligne... Merci Kiwi.

Ce n'était pas… vraiment la question.

C'était quoi la question déjà ? désolé mais Yuna-chan m'a demandé de jouer le guidage touristique, j'essaye de me rappeler de quelques noms mais ça vient pas trop…

Tous ces bâtiments sableux se ressemblaient tous. J’avais l’impression de vivre dans une ville décrépie, parfois. J’aurais aimé rouler un peu plus vers l’Est, histoire de changer d’air, d’en respirer un nouveau. J’aspirais seulement à attendre sagement qu’un vent favorable vienne me déraciner afin que je puisse m’évader un peu, voir un peu de verdure au milieu de tous cette terre brunâtre qui reflète le soleil sous chacun de mes pas.

Yuna… Chan ?! s’étonna Kiwi, elle s'est tant attendrie que ça depuis le temps ?

Vous vous connaissez ?

Et pas qu'un peu…

Je fus pris d’une curiosité salace, très sordide. Il y a des élans sentimentaux, presque inévitables, qui vous emportent dans leur chute plus profondément que d’autres. C’est à vous de vous rattraper du mieux que vous pouvez, mais rien ne vous garantit que vous serez apte à ramasser les pots cassés à l'arrivée.

Oh... et les recherches de fossiles dans sa grotte favorite avancent bien ?

Ma personne n’a jamais eu l’aptitude de les ramasser, ces fameux pots cassés. Aujourd’hui, ils prenaient la forme des os qui maintenaient mes fesses en place. Je venais de tomber du dos de ma jeep improvisée sur le sol sale et marqué par les pas des passants. Dans un couinement très féminin, je cherchais désespérément à trouver, ici-bas, un moyen d’échapper à cette douleur atroce.

Tu t'emballes un peu trop, Dosuke, me reprocha Kiwi en scrutant les alentours d’un œil de faucon.

Ô pourquoi tant de haine ! Je ne voulais que me délier les jambes en appuyant sur la pédale ! Et au lieu de ça j'accumule les bleus…

Conduis-moi chez ma soeur s'il te plait, tu me donnes mal à la tête…

Les larmes me montaient aux yeux. Toute cette indifférence, tout ce mal qui me parcourt la moindre jointure de mon derrière soyeux et qui venaitt se loger dans mon dos si fragile… Qu’ai-je fait, moi, pour mériter le châtiment de revenir une nouvelle fois devant la tour à pieds ?

Comment veux-tu que je te conduise quelque part... Si je n'ai pas de jeep…

Ce fut comme une illumination. Je venais de faire tilt.

Attends, Yuna est ta sœur ?

Quoi ? Elle te l'a pas dit ?

Le vagabond étouffa un juron entre ses dents. Mon visage se décomposait. Une infinité d’images, aussi perverses les unes que les autres, s’enchaînaient devant mes yeux exorbités. J’assistais à des ébats, des voluptés criminelles qui m’étaient interdits et, en écoutant cette dure vérité, je venais de devenir un complice de cette affreuse liaison. J’aurais peut-être dû m’en douter, aucun homme ne traverserait les Landes pour Yuna. Aucun.

Kiwi... Je ne le dirai à personne que tu visites la grottes de ta soeur promis... Ou LES grottes j'en sais rien... Mais je ne te soutiendrai pas devant la just…

Mais... Mais... Je ne fais rien avec elle !

Je soupirai, il était déjà trop tard. Mais, je tenais beaucoup trop à mon salaire. A partir de cette mission-ci, mon argent n’eut plus jamais la même valeur. J’allais devoir cacher un inceste pour le bien de la ville. Si quelqu’un d’autre que moi apprenait cette liaison dangereuse… La réputation de ces deux jeunes gens serait ruinée. Je me relevai d’un bond et je courbai le dos aussitôt, oubliant le temps d’un instant tous mes maux.

Monte... On va accélérer un peu.





#5 Posté 01 February 2018 - 03:17 PM Par Yüki

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Le plan était simple, clair, concis… On devait retrouver la trace de l'escouade d'Ayato. Enfin 'on', je ne me déplace plus en mission… La charge de la ville était bien trop importante pour délaisser ne serait-ce que vingt pourcents à Mei. Elle serait sous le poids de mon dur rôle… Et pourtant j'ai l'impression d'être avec des enfants dans cette mer de sable, ils sont irréfléchis, inconscients et bornés à croire que le bon Dieu m'a refilé toute la merde depuis Crash-Town. Putain de ville… Ils étaient quoi, cinq ? Six en comptant le guetteur à la fenêtre. Six à être prêt à sacrifier leurs propres vies pour en sauver d'autres… Six ayant jurés serment à la ville et à moi-même… Ayant juré de protéger leurs familles quoi qu'il en coûte, voilà ce qu'était Akhmis une énorme famille. Certes tout le monde ne pouvait s'entendre mais dans les moments les plus durs, dans les retranchements les plus horribles, nous serons là, pour faire face à cette menace, à ce mal. Combattre ces démons des sables qui veulent nous retirer nos enfants, détruire nos terres et bruler nos maisons. Naito… Sale fils de pute. J'aurais ta tête au bout de ma lance, je te le jure… Et je te l'ai juré ce jour-là où tu as massacré notre village…

Ces corps gisants au sol, femmes, enfants et nourrissons… Il n'avait épargné personne. Même pas, ce môme pleurant sa mère sans vie jonchant le sol chaud de notre ancienne ville… Non même pas lui… Je me souviendrais toute ma vie de son regard, celui d'un enfant effaré, perdu… Même ses larmes ne coulaient plus, même son hurlement déchiré n'avait plus de tonalité, il ne lui restait plus rien mise à part sa vie… Vie que cette enflure lui a prise l'étranglant de ses deux mains prêchant la parole du Démon, pendant qu'on se faisait repousser vers nos défenses, nous avons perdu bien plus qu'une ville ce jour-là. Nous avons perdu notre famille qui y habitait et notre avenir… Voilà pourquoi je me battais jour et nuit, pour que cette tragédie ne sonne pas ses cors de l'apocalypse… Cors du jugement dernier. Voilà pourquoi ON se battait ! Pour notre famille !

"Je vous préviens… Cela risque d'être à sens unique, on ne sait pas ce que l'armée du Démon a préparé." J'avais beau être stricte, je préférais ne pas m'en vouloir d'envoyer une partie de ma famille vers les griffes des fanatiques. Le chef de cette escouade, Musara s'était relevé de sa chaise, qui était face à notre carte monde, pour me fixer avec ses yeux bleu turquoise, certaines mèches de sa chevelure dorée tombaient sur son visage à cause du poids de la sueur et du délaissement… Je me rappelle de sa première venue, souriant, cheveux en pic bien coiffé et encore dans ses vêtements de banlieue, il cherchait comme tout le monde, un endroit libre et délaissé de tout jugement hâtif. Il est maintenant le meilleur traqueur et chef d'escouade… "Vous croyez vraiment…" Comme à son habitude il hache ses phrases, comme s'il aimait faire durer un suspens inutile. Ou alors pour se donner un style ? Mais il est comme ça, je n'ai pas à le juger, seul Dieu en est capable sur ce stade. "Que nous…" Il commence à faire quelque pas lent. "Allons refuser de sauver notre famille ?"

J'esquissais un sourire de fierté. Je suis fière d'avoir cette famille, fière d'être celle qui gère toute cette ville comme une mère le ferait pour ses enfants. Pourquoi ai-je douté un instant qu'ils reculeraient devant l'ennemi ? Il me faisait un signe de tête et ils se mettaient en ligne, main gauche sur le cœur, un signe qu'on offrait son cœur à quiconque. Le signe le plus important de mon armée. "Pour la liberté !" Criaient-ils en même temps avant de rompre leurs postures afin de prendre le large vers les vagues de sables. Je les regardais encore une fois… ça sera peut-être la dernière, je prie pour que ce soit le contraire… Mais dorénavant, je n'envisage que le pire des scénarios, au moins plus de surprise et de pleurs. J’eus remarquée qu'un lien fraternel s'était créé dans leur escouade et pour l'une d'entre elle c'était plus que fraternel avec son frère d'arme. Un certain pincement au cœur me fit revenir à la réalité, je ne devais pas penser à ce qu'il se passerait là-bas. Non, je devais continuer à commander cette ville afin que sa prospérité continue éternellement comme une fleur de sable. Je montais quelques étages de la veilleuse en direction de l'un des balcons pour contempler une nouvelle fois ma ville, ma famille vivre sans se soucier de ce qui passe à l'extérieur… Libre. Le vent soufflait légèrement faisant virevolter allègrement mes couettes pourpres. Mon regard se plongeait vers la grande fourmilière, l'escouade partait en direction les grandes portes.

"Ne mourrez pas…" Soufflais-je, inquiète de la suite des évènements. Je ne le devrais pas… Ce n'était pas une mission suicide, je n'enverrais jamais quelqu'un à la mort d'office. Cependant, comme je l'ai dit, j'envisage toujours le pire des scénarios comme j'ai imaginé de perdre cette ville moulte fois. Je ne perdrais pas… Je ne perdrais plus, nous sommes les ailes de la liberté, nous sommes les anges combattant les démons… Nous sommes une famille protégeant ses enfants des monstres sous leurs lits. Nous sommes Akhmis.

Pendant que mon escouade partait, l'autre dégénéré revenait à toute allure dans les ruelles. Comment je le savais ? Il n'est pas difficile de louper un vers avec des jumelles se mouvoir dans tous les sens, perturbant ainsi la quiétude de ma ville… Je vais lui en toucher deux mots à celui-là ! Il portait une personne, un uniforme et une chevelure blanche comme neige, et un cylindre dorée accrochée à celle-ci… Ce n'était que lui, ça ne pouvait qu'être lui. Cet idiot… Mes doigts se resserraient instinctivement de colère sur les jumelles couleur sable. Connaissant la rapidité du ver, je ne pouvais que commencer à descendre… Il avait beau être le pire des ahuris, il était un ahuri extrêmement rapide et agile. J'aurais peut-être dû le faire descendre les marches à coups de pieds au cul… Juste par plaisir de faire tomber les ahuris. Je pouvais être vache quand je le voulais.

Lentement, marche par marche, mes rangers claquaient sur le grès… Marche par marche je réfléchissais à comment, j'allais aborder nos retrouvailles. Mille est une phrase me passaient en tête, mais aucune ne me plaisait, jugé trop gniangnian ou pas assez sévère. Je n'aurais pas le temps de réfléchir, un de mes gardes était rentré dans la Veilleuse attendant patiemment que je fasse rompre sa posture. Dernière marche, je suis maintenant au niveau zéro. "Madame, un certain Saki veut vous voir" Il se retenait de rire, je jetais un regard à travers l'entre-ouverture de la porte et voyais l'autre frère inutile se relevait tandis que Dosuke descendait en roulant les escaliers… Je lui avais pourtant dit de faire un rapport. Je me jure qu'il va trimer sur les prochaines missions. "Faites-le entrer, et personnes d'autres ne devra rentrer ni me déranger. Suis-je clair ?" Son rictus nerveux s'était effacé pour devenir sérieux. "Bien madame !"

Le garde alla chercher mon colis… J'attendais patiemment au milieu de la pièce, fixant qu'une seule chose, la porte… Quelque seconde de silence avant d'entendre les pas légers du loup blanc rentrés en terrain inconnu. Il se trouvait bien loin de sa tanière de sable pourri. Loin de cette enflure de Letton. Il entrait sans rien dire, son visage transpirait l'appréhension, ses mouvements étaient incertains voir enfantin. Comme s'il avait fait une bêtise avant de l'annoncer à sa mère… Il n'a pas changé… Ça me désole. La porte se referma, et notre entrevue put commencer par un silence de mort. Aucun sourire n'arborait mon visage, aucune réaction émotionnelle de type néfaste pour l'éducation parcourait mon esprit, c'était clair comme l'eau d'une oasis. Il était encore étranger pour ma famille… Même s'il l'est dans la nôtre. Il reste une menace… Une menace ayant côtoyée de prêt l'un de mes ennemis, voir de beaucoup trop près.

"J-" Je le coupais instantanément, c'est moi qui parle la première ici. "Tu en as eu marre de cirer les pompes de Letton ?" Comme un enfant, il détourna son regard empli d'émerveillement devant cette nouvelle ville. Je le sais que trop bien, il était heureux d'être ici. C'est mon petit frère, je le connais comme personne… Et pourtant il avait créé cette part que je ne connaissais pas… Sabaki. Cette part sombre et abominable, celle qui n'aurait jamais dû créer. Je n'avais jamais compris son choix de vouloir se battre contre Letton en étant à côté de lui, lui qui a vu nos parents mourir, préférait être avec son ennemi juré au lieu d'être avec sa famille… Il restait silencieux voir trop, son regard vairon se perdait sur le sol jaunâtre. "Si tu n'as rien à dire, va-t-en et retourne lécher les bottes de celui qui a détruit notre famille."

Il avait beau faire l'enfant, il avait grandi de taille. Ce minus arrivait enfin à ma hauteur… Il lui a fallu des années pour presque atteindre sa sœur et pourtant il lui manquait quelques centimètres et quelques cases aussi. Je ne bougeais pas, je restais mains dans le dos à contempler un tableau bien triste… Les couleurs étaient pâles et mal ordonnés. La représentation offrait une certaine pitié au personnage central tandis que ses démons l'entouraient attendant le tableau suivant pour lui bouffer son espoir. Son regard vairon, blessé à un combat surement, à en croire sa cicatrice, me braquait tel un loup aux aguets sur sa proie… Je voulais revoir ce regard, celui de sa certitude. "Je ne pensais pas que le sable t'avait bouché les oreilles à ce point… Aux dernières nouvelles j'ai déserté, mais bon appara-"

"Tu parles et tu parles, toujours pour rien dire. Tu ne changeras donc jamais et moi qui pensais que t'avais appris à la fermer avec ton ancien dictateur. Pourquoi es-tu venu ici ?" A mes souvenirs, j'ai toujours été comme ça avec lui. Pourquoi changer ? Cela avait valu quelques coups bien mérités dans sa face de porcelaine mais au final… Ca portait toujours ses fruits. "Je veux être libre, me battre pour quelque chose qui en vaut la peine et plus regretter chaque action faite pour des monstres… Je veux combattre ces monstres."

Mon sourcil s'arquait tout seul sous le coup inattendu de la surprise. Il avait mûri à ce point ? Je crue voir une certaine fierté parcourir ses mots, longeant lentement les murs sableux pour parvenir enfin à mes oreilles, criant victoire et dansant comme une tigresse enragée. "Ah oui ? Peut-être… Tu es vraiment sûr de vouloir combattre un vrai Démon ?" Mes mots sonnaient comme faux à ses oreilles… Et ses yeux me disaient que les démons n'existaient pas et pourtant tout ceci était vrai, aussi vrai que le lien de sang que nous avons. "Dans ce cas…" Le bruit d'une porte, s'ouvrant sans mon autorisation me coupe instantanément dans ma phrase. J'eue un tic nerveux… Le mot Personne est trop compliqué pour eux ? "Elle a demandée à ne pas être déranger…" Tenta l'un de mes gardes… Il n'y a qu'une personne, mise à part moi, qui peut faire fausse route à mes ordres direct… Une tignasse rouge cramoisi passait la porte. Mei… Ce n'était pas… Mais pas du tout le moment. "Qu'est-ce qui t'arrives Yuna, tu fais des scènes privées maintenant ?" Elle rentrait totalement dans la pièce sans prendre en compte la présence de mon frère. Un léger sourire arborait mon visage, celui d'un léger sadisme. "Je disais donc…" Pour une fois je passais outre de la présence de Mei. Les ordres avant tout, les rapports et le privé pour plus tard.

"Tu feras partie de l'escouade de Mei dorénavant. Elle t'enseignera tout ce que tu as à savoir et la façon de te battre au corps à corps et à l'arme blanche. Dosuke, t'apprendra la rapidité et l'agilité, tandis qu'Hatsutori t'apprendra la résistance et le tir avec les armes à feu. Tout ceci prend effet à partir de maintenant. Je suis claire ?" Une lueur de surprise parcoure le visage dur de Mei, je suis prête à parié ma ville qu'elle me rendra la pareille avec plaisir. Je la connais aussi, après tout… Nous sommes une grande famille. Elle se mettait au garde-à-vous, main sur le cœur. "A vos ordres." Voyant que mon lien de sang tirait une tête d'idiot je ne pus m'empêcher de lâcher froidement. "On a oublié le respect dans ses masques ?" Difficilement, il essayait de copier la même posture que Mei, je souriais intérieurement. Même si je ne le montrais pas, cela me faisait plaisir de le revoir en vie.

"A vos ordres…" Dit-il en un souffle incertain. Voilà comment va commencer sa nouvelle vie… Il n'avait rien à dire de plus. Il ne pouvait rentrer seul chez Letton et s'il avait vraiment cette envie d'y retourner, il se ferait tuer sur place. C'est dans un claquement de rangers que je laissais Mei et mon frère à leur mission… J'ai un conseil économique à tenir dans dix minutes, je n'ai pas le temps de jouer à la nounou alors que je le fais déjà pour Akhmis.

  






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